Johnson Deroyer Mutale, Directeur Général de SSM : Nous sommes le premier laboratoire minier privé en RD Congo

Johnson Deroyer Mutale, Directeur Général de SSM
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Plusieurs laboratoires privés internationaux et aux capitaux étrangers existent et opèrent dans le secteur minier de la République Démocratique du Congo depuis plusieurs années, illégalement et irrégulièrement, sans avoir été certifiés pour le pays. Des multinationales se couvrent derrière des certifications obtenues pour d’autres pays pour prester sans avoir été enregistrés au Ministère des mines comme l’exige la loi.

Après avoir été Directeur Financier d’entreprises dont des minières, monsieur Johnson Deroyer Mutale, Directeur Général de la Société de Surveillance Minière, laboratoire minier pionnier, basée dans sa ville natale de Likasi, revient sur le parcours du combattant d’un laboratoire totalement congolais qui fait exception sans oublier de parler de l’avenir et de la question de l’heure. Entretien.

PANTHEON : Nous savons que depuis 2005 vous vous êtes distingués dans l’analyse et contrôle des produits miniers. Dites nous qu’est ce qui vous rend si crédible?

JOHNSON DEROYER MUTALE : Le souci du travail bien fait, c’est-à-dire la qualité du travail est notre leitmotiv et d‘ailleurs dans notre ligne de production nous avons inséré ce qu‘on appelle le QC (le Quality Control), il s’agit d’une branche très importante dans notre phase de production. A lui tout seul il représente environ 33° /° de notre cout de production, ce qui démontre l‘importance que nous y accordons. Et cela fait notre force.

 Votre laboratoire a reçu l’accréditation de la norme ISO 17025. En quoi consiste-elle, qu’elle est sa spécificité parce que nous entendons parler aussi de l’ISO 9000, 9001 et autres?

JDM : D’abord il faut comprendre ce que signifie l‘ISO. C‘est une organisation internationale de Normalisation. Elle a pour rôle d‘élaborer et de publier des Normes Internationales.

Vous allez certainement me demander : C‘est quoi une Norme? C‘est un document qui définit des exigences, des spécifications ou encore des lignes directrices à utiliser systématiquement pour assurer une aptitude, une compétence ! Les laboratoires que nous sommes sont régis spécifiquement par la norme ISO/CEI 17025 qui concerne les exigences générales en matière de compétence des Laboratoires d‘essais.

Cette norme ISO/CEI 17025 englobe en elle-même d‘autres normes comme : ISO 9000 et 9001 qui concernent les systèmes de managements de la qualité, ISO 10251 qui concerne la détermination de l‘humidité ou encore ISO 19011 qui concerne l‘audit des systèmes de management.

Pour votre information, ISO a déjà publié plus de 22.000 normes.

Donc l‘ISO/CEI 17025 est cette norme de standard international qui régit les laboratoires d‘analyses de substances minérales dans la quelle nous sommes inscrits.

Comment obtient-on cette accréditation, combien de temps a-t-il fallut pour être homologué?

JDM : SSM a souscrit à cette accréditation il ya longtemps, c‘est une démarche assez longue et fastidieuse. S‘Il y en a qui parviennent à obtenir leur accréditation assez facilement, ca n‘a pas été le cas pour nous.

Il nous a fallu beaucoup de temps non pas parce que nous n‘avons pas répondu à certaines exigences mais ca été plutôt induit par de circonstances de calendrier parce que nous avons souscrit par l‘intermédiaire d‘un organisme appelé SADCAS (Southern African Development CommunityAccreditation Services) qui s’occupe de la zone SADC.

Notre demande d‘accréditation a été introduite en 2010 et depuis lors nous travaillons sous la norme ISO 17025 même sans avoir été accrédité. Nous avons mis sur pied toutes nos procédures, nos instructions, nos opérations en interne suivant cette Norme ISO 17025.

PANTHEON : Que représente cette accréditation pour SSM? Et pour vos clients, quels en sont les avantages?

JDM : Ca représente énormément, c‘est l‘aboutissement d‘un service bien fait, parce qu‘en fait nous nous inscrivons dans le standard international, c’est -à-dire que les analyses que nous effectuons chez nous et les certificats que délivrons respectent les exigences et les spécifications internationales.

Pour ainsi dire, nos analyses sont pratiquement les mêmes que celles qui peuvent être faites aux Etats Unis, en Afrique du sud, en Australie…

Le fait d‘être accrédité est une reconnaissance de notre professionnalisme, de notre compétence sur le plan mondial.

PANTHEON : Peut-on comprendre qu’avant l’accréditation, SSM était limitée?

JDM : Nous sommes le tout premier laboratoire privé en RDC, particulièrement en ce qui concerne les produits miniers marchands.

Nous sommes agrées au ministère des mines depuis 2005 et il n‘y a jamais eu d‘autres laboratoires privés avant nous, nous sommes les premiers en cette matière. Un laboratoire 100% congolais.

En tant que jeune labo, nous avons commencé petit avec les basiques, nous avons grandi en apprenant, en nous perfectionnant et nous avons acquis de l‘expérience.

C‘est qui nous a poussés vers une standardisation, nous avons voulu nous

PANTHEON : Quelle est la prochaine étape après ISO 17025?

JDM : A ma connaissance il n’ya pas d‘autre seuil au-delà de l‘ISO 17025, Nous allons nous appliquer à maintenir cette accréditation. Mais il y a autre chose que nous ambitionnons, c‘est notre approbation LME ! La plupart d‘entreprises œuvrant en RDC sont cotées à la Bourse de Métaux de Londres (LME) et le LME a organisé une structure qui reconnait à son niveau les laboratoires d‘analyses minérales.

Notre souci prééminent était d‘abord d‘obtenir cette accréditation ISO 17025 ! Maintenant nous nous battrons pour cette approbation LME pour encore plus de confiance, plus de profondeur entre nous et nos clients qui sont côtés sur cette place de Londres.

PANTHEON : Qu’attendez-vous de la nouvelle loi sur la sous-traitance?

JDM : C’est une question pertinente. Vous savez la loi a été promulguée par le Chef de l‘Etat mais il y a un délai qui est donné à tous ceux qui opèrent en RDC pour se mettre en règle. Et ce moratoire court jusqu‘au mois de Mars. Mais à mon niveau, j‘ai constaté qu‘il y a une ambiguïté dans cette loi parce qu‘elle ne précise pas ce qu‘est réellement une société de droit congolais. On en parle mais de manière sommaire.

Donc n‘importe quelle société peut se commuer facilement en une société de droit congolais. Or, ce que cette loi vise c‘est l‘émergence d‘une classe moyenne dans notre pays.

Nous, étant une société entièrement congolaise (capitaux et actionnaires), nous souhaiterions que cette loi soit encore approfondie pour laisser des avantages d‘abord aux congolais parce que si nous allons dans les pays étrangers, nous n‘avons pas les mêmes chances que nous nous accordons aux étrangers lorsqu‘ils viennent chez nous.

Et donc, je pense que cette loi est un très bon tremplin pour permettre aux entreprises congolaises d‘émerger, de créer davantage d‘emplois. Ce ne sont pas avec de grosses structures que le problème d‘emploi sera totalement résorbé dans ce pays.

Comme vous le savez aux USA, c‘est plutôt l‘initiative privée qui a développé le pays. Nous attendons donc beaucoup de cette loi pour encourager et surtout promouvoir les sociétés de droit congolais en général et les entrepreneurs congolais en particulier.

PANTHEON : Si aujourd’hui vous êtes nommés ministre en RDC, quel serait votre argumentaire pour permettre à ce qu’il y ait beaucoup de laboratoires à capitaux congolais et que le secteur puisse évoluer sans difficultés face à la concurrence des laboratoires des expatriés?

JDM : Mon argumentaire serait d‘abord de conscientiser les congolais. Le domaine de laboratoire ne se limite pas qu‘aux mines. Les mines sont très limitées, nous n‘avons même plus un siècle encore avec nos mines au Congo. Et comme la technologie évolue, les besoins en minéraux sont entrain d‘être remplacé par des produits de substitution.

Je suis presque convaincu que dans une centaine d‘années, on n‘aura plus besoin de cuivre comme on en a aujourd‘hui, du cobalt comme aujourd‘hui.

Et il faut déjà prendre des initiatives pour pouvoir orienter notre économie vers les secteurs d‘avenir par exemple en informatique, en agriculture, des secteurs de communication en règles générales, des secteurs qui sont porteurs.

Le Congo de demain aura besoin de la jeunesse que nous formons aujourd‘hui. Et en ce qui concerne les laboratoires, que les congolais prennent conscience que leur pays a un grand potentiel au lieu d‘investir dans le commerce général. Il y a beaucoup d‘opportunités. Que les congolais s‘intéressent de plus en plus au secteur de laboratoires. Il n‘y en a pas que dans le domaine minéral mais il y a aussi le domaine pharmaceutique, biomédical, agroalimentaire, etc. Aujourd‘hui ce dernier est canalisé vers le secteur public, vous avez par exemple le CRAA (Centre de Recherches et Analyses Agroalimentaires) qui est une structure publique. Mais nous avons besoin d‘autres laboratoires privés pour aider le pays à analyser les produits en dehors des structures étrangères.

Aujourd‘hui par exemple les agriculteurs pour faire l‘analyse du sol sont obligés d‘aller à l‘étranger alors que si des structures sont créées au Congo, ils le feraient sur place. Dans les prochaines décennies, les congolais seront obligés de promouvoir l‘agroalimentaire.

La RDC est un pays vaste avec de grandes étendues. La population est entrain de croître de manière exponentielle ; il faut la nourrir. Va-t-on continuer à la nourrir avec de la nourriture importée alors que nous pouvons produire nous-mêmes sur place ?

Vous vous rappelez qu‘il y a quelques années l‘agriculture représentait 70% du budget de l‘Etat. Mais aujourd‘hui que représente-t-elle ? 80% le sont par les mines alors qu‘il y a 50-60 ans les mines ne représentaient que 20%.

En conclusion, je dirais qu‘en tant que responsable, je crois qu‘il faut promouvoir, investir et s‘investir dans d‘autres secteurs autres secteurs parce que les mines sont condamnées à disparaître !

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